A propos
Au fil du temps, fortement influencée par mon travail en théâtre de recherche spécialement chez Grotowski, j’ai développé l’attitude qui est de faire avec… c’est-à-dire d’utiliser ce qui est là, présent, à ma disposition. Ne pas chercher à camoufler, à cacher ce qu’on appelle des défauts mais au contraire les souligner et les utiliser. C’est d’ailleurs ce que font les acteurs quand ils sont sur scène et davantage encore quand ils improvisent.
Pourquoi le Dire? est un film sans filet depuis le début.
Cette façon de travailler oblige à une très grande présence et demande à être à l’affut, attentif à tout ce qui se produit autour de soi car tout peut s’arrêter n’importe quand. Les décisions ne peuvent attendre, nous avons constamment le vide sous les pieds. Ce sont des occasions formidables pour se confronter à soi-même et avancer.
Comme je viens du théâtre, ma priorité au cinéma est de privilégier l’acteur par rapport à la technique, tant au tournage qu’au montage.
Pour filmer, je ne disposais que d’une mini DV et j’ai rapidement décidé qu’il était préférable de tourner des plans serrés. De plus, elle était minuscule et offrait peu ou pas de stabilité. Par contre, elle pouvait passer partout et être pratiquement invisible ce qui favorisait l’intimité des acteurs. J’ai conçu un bras, une sorte de steadycam afin de ne pas entrer dans leur énergie.
Mes thèmes récurrents se sont imposés d’eux-mêmes : le réel ; qu’est ce qui est réel ? Ou se situe la réalité ? Nos perceptions se confondent souvent avec la réalité. Chacun ayant ses propres perceptions, il n’est pas simple d’établir un consensus de ce qu’est la réalité, d’autant plus que nous croyons dur comme fer dans nos perceptions. Pourtant, celles-ci sont souvent une transcription, une projection de notre éducation, de nos peurs, de nos traumatismes ; elles n’ont rien de réel et souvent le réel et les projections s’entremêlent et se confondent. Je pouvais jouer avec ce concept sur au moins 2 plans : le thème et le tournage.
Comme j’avais décidé que les dialogues seraient improvisés et qu’il y aurait une partie tournée comme à la façon d’un documentaire, j’ai voulu rendre la fiction plus réelle que le documentaire. Pour le documentaire, les personnes interviewées sont toujours au même endroit sur fond noir et la caméra est fixe, alors que pour la fiction, les acteurs improvisaient et je voulais une caméra qui s’immisce, les suive et respire avec eux. Je dois ajouter que dans le documentaire il y a de vrais témoignages par des personnes réelles, de faux témoignages d’acteurs peu connus et de vrais témoignages d’acteurs connus.
Lors des impros, il n’y a presque jamais eu de : 1-2-3 ACTION. La caméra tournait sans cesse car les acteurs étant très bons, ils étaient la plupart du temps en état d’improvisation et je ne voulais rien rater. Cela créait tout de même une situation insécurisante pour eux car ils ne savaient pas toujours quand je tournais.
Voilà l’histoire de ce film sans filet.
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